Alarme : l’avenir des blés tendres de l’Union européenne face au changement climatique passe par un renouvellement significatif de leur génétique !


Impact de la sécheresse sur une culture de blé d’hiver. Source : @Arvalis

Introduction

Après cinquante ans de productivité en hausse, les rendements de blé tendre de l’Union européenne, notamment les plus performants d’Europe de l’ouest, stagnent depuis les années 2000, quand ils n’ont pas régressé du fait des incidences abiotiques et biotiques déjà observées du changement climatique et des contraintes sociétales de plus en plus fortes imposées aux agriculteurs1. La chute structurelle de la demande volumétrique en pains et en pâtisseries traditionnels provoque simultanément une réduction des débouchés propres à l’Union européenne2. Par contre, potentiellement, la demande en blé du marché mondial3 est dopée par la croissance démographique à la hausse des grands pays importateurs, notamment asiatiques qui consomment moins de riz et toujours plus de blé chaque fois que le niveau de leur économie s’élève4.

Dans ce contexte, l’Europe aux origines de la sélection moderne du blé tendre dans le monde aux XIXe et XXe siècles, ne conservera aux alentours de 2050 sa position contemporaine de bassin de production de cette céréale essentielle à l’alimentation de l’Humanité que si elle s’avère rapidement capable de mettre en place deux actions simultanées :

– I) le passage à une génétique et à des pratiques culturales adaptées aux nouvelles
contraintes climatiques et environnementales, permettant de réduire simultanément ses coûts de production
pour rester économiquement compétitive ;

II) la transition de son exportation de dégagement actuelle à une exportation volontariste, ciblant les attentes qualitatives de ses clients en termes d’usages, ce que font déjà très professionnellement quelques-uns de ses concurrents.

  1. Instantané de la situation présente des blés tendres européens.

En matière génétique, le pool européen issu de recombinaisons variées des populations de pays cultivées au début du XIXe siècle s’est avéré très diversifié jusqu’à la moitié du XXe siècle d’autant que chaque pays avait recours à des pratiques de panifications établies depuis des siècles, bien différentes du nord au sud de l’Ecosse et de la Scandinavie à l’Italie, et d’ouest en est de la péninsule ibérique et de la France à la Russie5. Ensuite, dans les années 1970, les blés européens ont été largement introgressés de gènes de nanisme issus des programmes du CIMMYT ayant conduits à la « Révolution verte » dans les pays en développement puis, en particulier depuis l’utilisation de la sélection assistée par marqueurs6, de gènes de résistance à divers stress biotiques et de gènes de qualité.

En sus de leurs emplois historiques en alimentation humaine directe ou à l’export, l’alimentation animale et à un moindre degré des usages industriels constituent désormais de nouveaux débouchés pour les blés européens.

La majorité des semenciers de notre sous-continent restent à vocation nationale ou dédiés à deux-trois états voisins formant un bassin régional de production. Très rares sont en effet ceux qui ont compris l’importance de monter dans la durée des programmes de recherche en réseaux résolument européens (voire mondiaux) et qui se sont donnés les moyens de les concrétiser.

  1. Nos plus récentes informations sur le changement climatique


Par ailleurs, malgré les informations scientifiques disponibles depuis la fin du XXe siècle, aucun sélectionneur européen privé de blé n’a réellement à ce jour anticipé l’adaptation de son matériel génétique au changement climatique en lançant un programme de recherche dédié en profondeur à ce thème, ceci en raison de la concurrence qui règne au sein de leur secteur mais aussi par la pesanteur des habitudes. Certains, encore moins visionnaires en dépit des progrès scientifiques, se sont mêmes délestés de leurs programmes de blé dur ou y pensent. Clairement, en dépit d’efforts limités de l’INRAE sur sa station de Clermont-Ferrand et de quelques autres réflexions dispersées en Allemagne et au Royaume-Uni, le réchauffement climatique ne reçoit pas en Europe l’attention qu’il mérite en blé de la part de la filière semences et, plus en aval, des organismes stockeurs et des agro-industries.
On peut toutefois relever que certains sélectionneurs qui avaient lancé, au moins un temps, des programmes de blé hybride, ont noté que ces cultivars étaient plus tolérants aux stress, notamment abiotiques, et plus réguliers au fil des ans en productivité comme en qualité, que les variétés lignées pures conventionnelles.

Après bien d’autres signaux d’alarme n’ayant pas été suivis de mesures correctrices en sélection variétale depuis trente ans y compris au sein de la recherche publique (aux très rares et récentes exceptions précitées), une nouvelle étude portant sur des milliers de données écologiques, géochimiques, et biophysiques marines et terrestres vient d’être publiée. Conduite par des chercheurs de la Northern Arizona University en collaboration avec plusieurs universités suisses et allemande, elle vient repréciser les séquences de températures pendant l’Holocène, et notamment durant sa dernière période7. Ses résultats démontrent qu’après une période naturelle de refroidissement de 6500 ans, le réchauffement climatique est apparu, de manière cette fois anthropique, à partir du milieu du XIXe siècle et ne cesse de s’amplifier : ces données sonnent comme un ultime avertissement.

A génétique égale, les prévisions climatiques issues de plusieurs modèles annoncent d’ici 2050 une diminution drastique de la production de blé en Europe de l’ouest, en Asie centrale, en Australie8 et en Amérique latine et un développement simultané de celle-ci en Scandinavie, Europe du nord-est, et aussi en Asie de l’ouest autour de la mer noire, en Sibérie, au nord de la Chine et aussi au nord des Etats-Unis et au Canada9.

de pertes et de gains de productivité du blé liés au réchauffement climatique. Source : Bloomberg, 201810
  1. Deux réflexions sur les exportations européennes de blé

Quant aux exportations européennes de blé, voire de farine, hors de l’Union européenne, elles conservent à mes yeux, même si je sais que le propos va faire bondir, une dimension « coloniale » : autrement dit, ce qui est bon pour l’Europe est considéré comme valable pour le reste du monde. Cette vision marketing est évidemment dépassée. Certains de nos concurrents l’ont intégré depuis des décennies, tels les sélectionneurs d’Australieou du Pacific North Western américain qui produisent des variétés adaptées aux usages asiatiques qu’ils pré-ciblent (pains cuits à la vapeur, nouilles instantanées et autres) et associent dans leurs équipes de recherche et développement des spécialistes de leurs pays-clients. Pourquoi l’ouest européen n’agit-il pas commercialement de manière similaire en particulier en Afrique du nord et en Afrique sub-saharienne qui sont à nos portes, ou même en Asie11 ? Sans doute, pour reprendre l’expression de Norman Borlaug, Nobel de la Paix 1970, parce que « l’homme semble insister sur l’ignorance des leçons »…

Ceci reste pourtant une perception de professionnel du monde agricole. Aujourd’hui, et qui plus est à l’heure du Covid-19, force est de constater que le devenir des blés européens n’intéresse pas la grande majorité de nos concitoyens qui combine une méfiance systématique envers l’export, la mondialisation et la science. S’ils expriment des craintes sur le devenir de l’environnement et de la biodiversité pour les générations futures, s’inquiètent des disponibilités futures en pétrole, en terres rares ou en eau pour nos économies, ils ne perçoivent pas encore simultanément la formidable utilité de notre système agricole, érigé au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui les nourrit à un coût qui n’a jamais été aussi bas dans les budgets des ménages depuis plus de 200 ans. Les mêmes qui, il y a quelques semaines reprochaient aux exécutifs européens d’avoir externalisé ces dernières années hors de notre territoire les usines susceptibles de produire les masques sensés les protéger de la pandémie de Covid-19, sont prêts à laisser nos gouvernements s’endetter demain en achetant du blé hors de l’Union européenne. Ils n’analysent pas les conséquences qu’une telle orientation aura inéluctablement pour eux : augmentation de leurs charges alimentaires et de leurs impôts indirects, insécurité alimentaire, perte d’indépendance, etc. Dans un monde globalisé, interactif et de plus en plus compétitif, ils n’ont pas compris qu’une production conséquente, régulière, de blé par notre agriculture est un outil indispensable à la sécurité de nos approvisionnements en alimentation de base, un facteur de paix sociale, et que la possibilité d’exportation de cette céréale constitue un atout géopolitique considérable pour stabiliser l’Union européenne, consolider notre mode de vie, voire notre civilisation et sa culture12.

Une fois énoncés ces rappels de la configuration actuelle, avec leurs incertitudes et les angoisses qu’elles génèrent, seules deux options subsistent pour nos blés d’ici 2050 : soit une poursuite des politiques actuelles sur leur lancée, soit une nouvelle agriculture de pointe centrée sur le blé.

  1. Scénario rouge : « business as usual »

Dans une Union européenne d’états interdépendants ayant perdu une large part de leurs coopérations fondatrices et le sens du collectif, on constate déjà qu’une partie des blés provient massivement de semences de ferme et non plus de semences certifiées, ce qui asphyxie économiquement sa filière semencière. Sauf à bénéficier sous peu d’un soutien politique de Bruxelles conséquent, auquel je ne crois pas dans le contexte politique actuel13, pour développer durablement des partenariats de R&D intra-européens publics-privés innovants afin de renouveler leurs stocks génétiques, les semenciers européens risquent fort de considérer que le blé ne leur apporte plus un retour sur investissement de recherche satisfaisant. Ils s’exposent donc à pratiquer de manière ralentie une innovation incrémentale de la génétique du blé sur ses bases présentes considérant que cette espèce devient de moins en moins rentable dans leur portefeuille de produits. Certes, les meilleurs d’entre eux perfectionneront sans doute leurs outils comme la production d’haploïdes doublés qui permet de gagner du temps par cycle de sélection et la sélection génomique (méthode14 de sélection assistée par marqueurs moléculaires pour améliorer les traits quantitatifs). Ce ne sera qu’un pis-aller insuffisant face à la progression du réchauffement climatique.
Ils « caleront » probablement sur ces pratiques technologiques leurs grilles d’inscriptions nationales comme ils l’ont fait depuis quarante ans, relevant juste assez la barre pour éliminer les plus modestes d’entre eux qui ne pourront pas suivre financièrement, et entrouvrant ainsi un peu plus la porte à la concurrence des grands groupes agrochimistes internationaux qui ne sont quasiment plus qu’américains15 et chinois. Et, sous réserve que la réglementation européenne n’évolue pas par rapport à ses positions d’aujourd’hui, les semenciers européens subsistant seront bien désavantagés par rapport à ces grands concurrents qui ont, eux, dans leurs territoires, accès aux outils d’édition de gènes, désormais interdits d’emploi dans l’Union européenne16.

Dans cette hypothèse, les instituts techniques et les organismes stockeurs coopératifs et négociants situés en aval vont tenter d’adapter aux mieux les façons culturales des variétés de blé dans l’intérêt des agriculteurs en tenant compte du réchauffement climatique et des contraintes sociétales définies par Bruxelles. Il s’agit d’un défi problématique, car d’une part les chocs climatiques vont s’amplifier, et d’autre part les contraintes sociétales vont s’accentuer. En voici déjà un exemple : depuis l’interdiction par Bruxelles de certains insecticides efficaces sans fourniture d’alternative technologique crédible aux agriculteurs, on constate, depuis quelques années la progression des attaques de pucerons sur blé, et aussi sur orge, betterave, protéagineux, légumes, un peu partout en France, Angleterre, Benelux et Allemagne. D’autres évolutions, telle la méfiance grandissante des urbains face à l’irrigation, risquent de compliquer encore les données de ce problème.

Revenons à notre point de départ, sans nous voiler la face : les variétés actuelles de blé n’ont pas été sélectionnées pour être confrontées aux séquences climatiques que nous constatons désormais. Sous l’impact de perturbations climatiques de plus en plus violentes dans les prochaines décennies, la productivité européenne des variétés de blé à la génétique voisine de celle d’aujourd’hui ne pourra que fluctuer et continuer globalement de régresser. Nombre de céréaliers ne transmettront pas par manque de rentabilité leurs exploitations à leurs enfants, et avec eux, se perdra un savoir-faire céréalier atavique attaché à nos terroirs. Les financiers qui ne manqueront pas de reprendre leurs terres et de les regrouper en grands domaines les confieront à des managers dénués de culture et de bon sens paysans. Sous la pression de l’optimisation du résultat, même dans les meilleures zones de production, les emblavements ne tarderont pas à devenir extensifs et ressembleront bientôt à ceux des kolkhozes de Nikita Khrouchtchev … Grand sera alors le risque que la filière blé européenne ne soit plus autosuffisante en 2050. Ou même avant.

Comme la demande interne européenne sera couverte en premier après chaque moisson, la part d’export reculera, sa qualité moyenne étant réduite et de plus en plus inconstante. Puis, elle disparaîtra. Ce basculement sera d’autant plus brutal que l’Ukraine, la Turquie, le Kazakhstan et la Russie seront alors devenus des exportateurs puissants.

  1. Scénario vert : l’Europe de l’ouest conserve une agriculture de pointe, résiliente, centrée sur le blé

Dans cette alternative, l’Union européenne réalise très rapidement que le blé reste la plante centrale de son agriculture et décide de se donner les moyens de maintenir son leadership sur cette céréale afin de préserver son économie et son indépendance. Ou plus vraisemblablement, dans un élan de survie s’inspirant de l’expérience réussie du « Club des cinq »17, – en lui donnant une dimension plus large -, un consortium d’industriels européens de l’ouest (semenciers, coopératives et négociants, meuniers, traders), autant que possible élargi à l’Europe du nord-est et à la Scandinavie, soutenus par quelques politiques responsables, retrouve une vision à moyen-long terme et relève le défi pour une durée d’au moins 20 ans en structurant une recherche en réseau avec la recherche publique présente sur ce large territoire. Cette dimension européenne fait d’autant plus sens qu’elle permet de regrouper plus de fonds et plus de compétences scientifiques qu’à travers d’un seul état, et par suite d’être plus rapidement efficace.

Ce consortium, pour enfin adapter durablement sa génétique blé européenne au changement climatique, explorera l’ensemble de la variabilité génétique disponible du blé tendre, notamment d’hiver, en particulier en Eurasie, en Afrique du nord et saharienne, et dans la Corne de l’Afrique18 où il est cultivé depuis des temps très anciens19. Il étudiera notamment les blés est-asiatiques d’hiver aujourd’hui assez mal connus en Europe de l’ouest bien qu’ils aient été étudiés avant la mécanisation des cultures par la famille Vilmorin au cours du XIXe siècle, puis par le sélectionneur italien Nazareno Strampelli (1866-1942). Ceux-ci présentent en effet de meilleurs niveaux de tolérance aux hautes températures que les blés européens, ont souvent un niveau de fertilité supérieur, et disposent d’une bonne résistance à l’échaudage. Ils fournissent en outre des débouchés inexistants maintenant en Europe, comme des farines permettant la fabrication de pains cuits à la vapeur ou de nouilles variées20, mais qui pourraient devenir demain de nouveaux segments de marché vu l’intérêt de nos consommateurs pour une diversité croissante de produits ethniques ou des créneaux export via les Nouvelles Routes de la Soie.

Distribution spatio-temporelle des sites archéologiques antérieurs à 1000 av. J.-C. de présence du blé en Afro-Eurasie. Source : Liu M., Chen L., Wang J., Liu R., Yang Y. Wei M. et Dong G., 2019.


Dépassant divers travaux antérieurs menés à petite échelle, ce consortium recherchera des sources de tolérance aux hautes températures et au stress hydrique parmi les ressources génétiques cultivées ou conservées. Les variétés cultivées dans les oasis sahariennes constituent un bon exemple de matériel à explorer21; des cultivars éthiopiens, iraniens, afghans, ou du nord-est de la Chine en constituent d’autres. Il lancera également, pour élargir cette variabilité spontanée, un programme ambitieux de variétés dérivées de blés dits « synthétiques » (recombinaisons de blés tétraploïdes, porteurs du génome BBAA avec Aegilops tauschii porteur du génome DD) d’hiver en s’inspirant des succès obtenus en blé de printemps au Sichuan en R.P. de Chine et en Australie22. En effet, les domestications successives du blé dur et du blé tendre ont éliminé une partie de la variabilité génétique existante tant chez l’amidonnier, ancêtre du blé dur, chez le blé dur que chez Aegilops tauschii. Cette technologie permet ainsi d’apporter au blé tendre une partie de la variabilité génétique naturelle des génomes BBAA et DD, partie perdue au Néolithique lors des phases de domestication. Plus globalement, ce consortium explorera toutes les espèces de Triticées des pools génétiques secondaires et tertiaires du blé susceptibles de faciliter son adaptation à l’évolution climatique. De nouvelles voies d’hybridation du blé pourraient en émerger sous réserve d’être enfin économiquement viables et socialement acceptées.

Bien entendu, même si cet article ne développe pas ce point qui nécessiterait de longs approfondissements spécifiques, ces recherches bénéficieront des stratégies de sélection les plus innovantes et des outils les plus récents du moment pour combler le fossé encore existant entre la caractérisation des ressources génétiques et leur intégration dans des programmes de sélection de matériel élite.
Ainsi, les futures variétés de blé tendre, bénéficiant d’une base génétique plus large et plus résiliente, combineront plusieurs avantages face au réchauffement climatique : meilleure efficience photosynthétique, moindre perte de productivité par photorespiration, tolérance à la sécheresse et aux hautes températures y compris à floraison, phase floraison-maturité raccourcie, résistance à de nouveaux stress biotiques émergeants (insectes, nouvelles maladies, virus), meilleure valorisation de l’eau et des intrants, etc. Cette nouvelle génétique permettra de maintenir une agriculture intensive et respectueuse de l’environnement et un haut niveau de productivité combiné à une qualité stable, qui garantiront la pérennité en Europe d’une agriculture agroécologique moderne.

L’agriculture européenne disposant de ce nouveau profil de blé devrait alors rester autosuffisante, et même exportatrice de cette céréale majeure tout en restant compétitive sur certains marchés exigeant en qualité. Cela d’autant plus si, entretemps, elle a su créer en fédérant ses moyens des variétés disposant de traits attractifs pour ses clients importateurs tant en Afrique qu’en Asie.

Conclusion

L’avenir n’est ni totalement incertain, ni une fatalité.

Sans vouloir jouer les Cassandre23, rien ne serait pire que de poursuivre la sélection blé européenne sur ses seules bases génétiques du moment : il convient, en urgence, de les élargir rapidement pour faire pencher la balance du futur en faveur d’un « scénario vert » à l’échéance de 2050. Il est simultanément vital de dépasser tout repli sur soi national et de retrouver une dynamique collective européenne.

Alain Bonjean
Orcines, le 21 juillet 2020

Mots-clefs : blé tendre, Triticum aestivum, Europe de l’ouest, Union européenne, génétique, sélection, export, géopolitique

1 – MAA, 2008. Les rendements du blé et du maïs ne progressent plus. Agreste Primeur 210, 4 p. ; Brisson N., Gate P., Charmet G., 2010. What are wheat yields stagnating in Europe ? A comprehensive data analysis for France. Field Crop Research 119, 1, 201-225.

2 – L’AIBI (International Association of Plant Bakers) a ainsi estimé qu’entre 2004 et 2016, la consommation européenne moyenne de pain a chuté de 67kg/individu à 63 kg kg/individu ; pour ce qui est du seul segment du pain frais, il a simultanément chuté de 51 à 46 kg/individu – https://www.aibi.eu/wp-content/uploads/PRESS-RELEASE-Gira-Report-2016.pdf

3 – Le blé fournit aujourd’hui 20% des calories et des protéines à l’alimentation de nos 7,7 milliards de contemporains et les prévisions démographiques estiment que la planète abritera 9 milliards d’humains en 2050.

4 – Kosina P., Bonjean A., Darpoux V. and Bitoun R., 2016. Wheat SWOT analysis – Comparison with maize and rice. In : A. Bonjean, W.J. Angus, M. van Ginkel, ed. The World Wheat Book : A history of wheat breeding. Lavoisier Tech&Doc, Paris, Vol.III, 1519-1558.

5 – Siedler H., Messmer M.M., Schachermayr G.M., Winzeler H., Winzeler M. and Keller B., 1994. Genetic diversity in European wheat and spelt breeding material based on RFLP data. Theor. Appl. Genet. 88, 994-1003 ; Alain Bonjean, 2016. The saga of wheat – The successful story of wheat and human interactions. In : A.Bonjean, W.J. Angus, M. van Ginkel, ed. The World Wheat Book : A history of wheat breeding. Lavoisier Tech&Doc, Paris, Vol.III, 1-92.

6 – Wordland T. and Snape J.W., 2000. Genetic basis of worldwide wheat varietal improvement. In : A.Bonjean, W.J. Angus, ed. The World Wheat Book : A history of wheat breeding. Lavoisier Tech&Doc-Intercept, Paris, Vol.I, 59-102.

7 – Kaufman D., McKay N., Routson C., Erb M., Datwyler C. Sommer P.S., Heiri O. & Davis B., 2020. Holocene golobal mean surface temperature, a multi-method reconstruction approach. Scientific Data 7, 201, https://www.nature.com/articles/s41597-020-0530-7

8 – L’Australie, traditionnellement exportatrice de blé, a importé massivement du blé en 2019 suite à la sécheresse exceptionnelle qui l’a frappée en 2018 et 2019. https://www.indexmundi.com/agriculture/?country=au&commodity=wheat&graph=imports ; https://www.smh.com.au/business/markets/drought-forces-australia-to-import-wheat-from-canada-in-rare-move-20190515-p51nfj.html

9 – Trnka M. et al., 2014. Adverse wheather conditions for European wheat production will become more frequent with climate change. Nature Climate Change 1-7, DOI : 10.1038/NCLIMATE2242 ; Mäkinen H., et al., 2018. Sensitivity of European wheat to extreme wheather. Field Crop Research 222, 209-217, DOI : 10.1016/fcr.2017.11.008 ; Liu B. et al., 2019. Global wheat production with 1.5 and 2.0°C above pre-industrial warming. EU Science Hub, https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/global-wheat-production-15-and-20-c-above-pre-industrial-warming; https://www.bloomberg.com/graphics/2018-climate-crops ;

10https://www.bloomberg.com/graphics/2018-climate-crops

11 – Un contre-exemple à cet immobilisme est l’exception hexagonale de France Export Céréales, « ambassadeur des céréales françaises vers les clients à l’export » implanté en Chine et en Afrique du nord. Son principal succès, l’exportation hors de l’Union européenne d’orge brassicole en dit long ; il doit tout à une double spécificité : le haut pouvoir diastasique de ce produit qui permet en mélange le brassage de grains non maltés comme le riz et sa grande régularité de rapport qualité/prix, deux attentes des clients de cette structure beaucoup moins performante en blé tout venant.

12 – Abis S., 2015. Géopolitique du blé – Un produit vital pour la sécurité mondiale. Armand Colin -IRIS, 192 p.

13 – Cette probabilité me paraît d’autant plus faible après le Brexit. Pourtant, le Royaume-Uni bénéficie de la plus ancienne recherche publique sur le blé et elle reste de grande qualité.

14 – Méthode initialement développée chez les animaux.

15 – Même Bayer, qui s’affirme encore allemand, a cédé une grande partie de son capital dans des mains américaines.

16 – Freyssinet G., 2019. Les filières végétales européennes sacrifiées par une décision de justice ? Bulletin AFBV du 15 juillet 2019, p. 1.

17 – Créé en France en octobre 1980, le « Club des cinq » regroupait les 5 principaux obtenteurs de blé de l’époque, devenus 6 en 1983. Il avait deux objectifs : l’adaptation qualitative du grain aux besoins des industries de transformation du blé et sa résistance aux maladies. Utilisant l’INRA comme catalyseur de recherche, ce GIE a été à l’origine de grands progrès génétiques des blés français antérieurs à 2000 tant au niveau qualité que résistance aux maladies.

18 – Balfourier F., Bouchet S., Robert S., De Oliveira R. Rimbert H., Kitt J., Choulet F., IWGS Consortium, Breedwheat Consortium and Paux E., 2019. Worldwide phylogeography and history of wheat genetic diversity. Sciences Advances 5, 5, eaav0536, DOI: 10.1126/sciadv.aav0536 ; Reynolds M. et al., 2015. Exploring Genetic Resources to Increase Adaptation of Wheat to Climate Change. In: Ogihara Y., Takumi S., Handa H. (eds) Advances in Wheat Genetics: From Genome to Field. Springer, Tokyo, https://doi.org/10.1007/978-4-431-55675-6_41; Sehgal D. et al., 2015. Exploring and Mobilizing the Gene Bank Biodiversity for Wheat Improvement. PLoS ONE 10, 7: e0132112. doi:10.1371/journal.pone.0132112 ; Lopes M.S. et al., 2015. Exploiting genetic diversity from landraces in wheat breeding for adaptation to climate change. Journal of Experimental Botany 66, 12, 3477-3486 ; Semenov MA., et al., 2014. Adapting wheat in Europe for climate change. J. Cereal Sci. 59, 3, 245-256.

19 – Lu M., Chen L., Wang J., Liu R., Yang Y., Wei M. Dong G., 2019. A brief history of wheat utilization in China. Front. Agr. Sci. Eng. 6, 3, 288-295.

20 – Au gré de migrations humaines très anciennes, le blé tendre, domestiqué sur les flancs du plateau de Zagros au Proche-Orient, a été introduit dans le nord-ouest de la Chine vers la fin du Ve millénaire av. J.-C., peut-être aussi par la steppe mongole et par voie de mer. Antérieurement, les Chinois avaient domestiqué trois autres céréales natives, le riz asiatique, le millet commun et le millet des oiseaux, et pratiquaient la cuisson à l’eau bouillie et à la vapeur. Ceci explique que le blé, vu par eux initialement comme exotique, n’a réellement été intégré dans l’alimentation quotidienne des populations des plaines du nord de la Chine que tardivement sous la dynastique Han (202 av. J.-C. – 220), lorsque les Chinois maîtrisèrent les technologies du moulin et du four. Les populations d’Extrême-Orient, contrairement aux autres peuples d’Eurasie et d’Afrique qui fabriquaient du pain cuit au four, ont par suite longtemps consommé leur blé tendre uniquement sous formes de pains cuits à la vapeur, de raviolis ou de pâtes alimentaires. Cette habitude s’est perpétuée jusqu’à notre époque : en 2000, 45% du blé consommé en Chine aboutissait toujours à la fabrication de pains cuits à la vapeur, 40% à des pâtes, 5% à des biscuits, 4% à de la pâtisserie et des pains occidentaux et 6% à des usages divers ; en 2020, d’après les chiffres que j’ai pu obtenir de nutritionnistes de l’Académie des Sciences de Chine, avec l’exode rural et l’urbanisation qui en a suivi ainsi qu’avec l’ouverture du pays aux étrangers, ces chiffres auraient évolué aux alentours de 6% en pains cuits à la vapeur, 45% en nouilles diverses, 5% en biscuits, 35% de pâtisserie et pains occidentaux et 9% de produits divers.

21 Zaharieva M. Bonjean A., Monneveux P., 2014. Saharan wheats: before they disappear. Genetic Resources and Crop Evolution 61, 1065-1084 ; Bonjean A., Monneveux P. Zaharieva M., 2019. Les blés des oasis sahariennes : des ressources génétiques de première importance pour affronter le changement climatique. Demeter 2019, 311-320

22 – Van Ginkel M., Ogbonnaya F., 2007. Novel genetic diversity from synthetic wheats in breeding cultivars for changing production conditions. Field Crop Research 104, 86-94 ; Li A. et al., 2018. Synthetic hexaploid wheat : Yesterday, Today and Tomorrow. Engineering 4, 4, 552-558 ; He Z. Rosewarne G., Yang W., 2014. Synthetic wheat in China continues to flourish due to the grassy species. CIMMYT Blog Sept. 2, 2014 ; Tang Y.L. et al., 2016. Quality potential of synthetic-derived commercial wheat cultivars in south-western China. Crop and Pasture Science 67, 6, 583-593 ; Dreccer M.F. et al., 2007. CIMMYT-selected derived synthetic bread wheats for rainfed environments: Yield evaluation in Mexico and Australia. Field Crop Research 100, 2, 218-228.

23 – Dans la mythologie grecque, Cassandre, fille du roi de Troie, Priam, et de sa femme Hécube, a reçu d’Apollon enamouré le don de prédire l’avenir mais comme elle refuse de lui céder, il la condamne tragiquement à ce que ses prédictions ne soient jamais crues.

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