L’érythrone dent-de-chien, joli marqueur du mois de mars !

Avec son nom excentrique qui dérive du grec erythros pour la couleur rouge de ses fleurs et des taches marbrant ses feuilles et du latin dens-canis pour la forme en dent de chien de son petit bulbe, l’érythrone dent-de-chien (Erythronium dens-canis L., 1753), parfois appelé satyrion rouge, est pour moi, Auvergnat, le marqueur biologique élégant du passage au mois de mars, de venue du printemps et d’ouverture de la pêche à la truite fario dans nos ruisseaux de Hautes-Combrailles et des Dores – les Anglophones la nomment d’ailleurs « trout lily ». C’est une Liliacée herbacée et la seule espèce indigène représentante de son genre en Europe1.

Plants en cours de floraison, Chaumont (74), 2011 – ©Bernard Machetto-TelaBotanica

Petite géophyte2 vivace rustique de 10-30 cm de haut au bulbe blanchâtre, oblong, assez profondément enfoui (15 cm), légèrement courbe qui donne naissance à des caïeux.
Elle porte deux feuilles basales elliptiques à lancéolées au vert glauque joliment marbré de brun à pourpre, plus rarement de blanc, qui apparaissent en même temps que la hampe florale.
La floraison hermaphrodite a lieu chez les bulbes de 4-5 ans de mars à début juin selon l’altitude. Chaque plant donne une fleur solitaire pendante, rose-violette à plus rarement blanche relativement importante au bout d’une hampe rougeâtre. Le périanthe est à six divisions libres (tépales) rapprochées à la base et recourbées à 90 degrés rapidement vers la tige ; on note six étamines saillantes, plus courtes que le périgone, saillantes, à anthères bleu foncé.

La pollinisation est considérée comme entomogame et autogame.
Le fruit est une capsule à trois côtes charnues. Les graines, petites, tombent autour de 10-20 cm du pied-mère. Elles sont pourvues d’un élaiosome, organe riche en lipides et protéines, qui attire les fourmis (myrmécochorie) qui s’en nourrissent notamment Formica lugubris dans les zones boisées, lesquelles facilitent ainsi la dissémination de l’espèce3.

Détails du bulbe, Larrau (4), 2014, ©FlorentBeck-TelaBotanica
Une feuille, Saint-Beaudille-de-la-Tour (38), 2020 – ©LilianeRoubaudi-TelaBotanica

Début de floraison, Marchastel (48), 2018 – ©JeanClaudeBouzat-TelaBotanica; détails de la fleur, Saint-Beaudille-de-la-Tour (38), 2020 – ©LilianeRoubaudi-TelaBotanica

Fleur blanche plus rare, Haux (64), 2005 ; détail du fruit, Arbonne (64), 2017 – ©Bernard ClementineGuichard-TelaBotanica

Cette espèce eurasiatique méridionale se trouve entre 0 et 2300 m et aime les sols frais, profonds et à pH neutre à légèrement acide en situations héliophiles ou de demi-ombre (2n = 2x = 24). On la trouve en plaine dans des bois frais essentiellement caducipholiés, aussi dans des prairies sous des climats à influence montagnarde ainsi que dans des pelouses d’altitude.

Distribution de l’érythrone dent-de-chien ©MNHN, 213

Selon Wikipedia qui a regroupé les données de plusieurs flores, elle est répartie « dans le sud de l’Europe et les Balkans. On le trouve au Portugal, en Espagne, en France, en Italie (vers le sud jusqu’en Toscane et dans les Marches), au pied sud de l’arc alpin jusqu’au Burgenland, dans le sud-est de la Hongrie et jusqu’au nord de la Grèce. Au nord des Alpes, il existe en République tchèque et en Slovaquie. L’érythrone dent-de-chien est très rare en Europe centrale. Par contre l’espèce est encore répandue et non menacée au pied sud des Alpes. Plus à l’est, il est remplacé au Caucase par Erythronium caucasicum4, en Sibérie par Erythronium sibiricumet au Japon par Erythronium japonicum ».

Comme l’érythrone dent-de-chien forme souvent des caïeux, historiquement cette plante a été multipliée, sélectionnée et cultivée comme ornementale bien qu’elle soit assez sensible aux dégâts de limaces.

Dans les zones de demi-montagne comme l’Auvergne, les feuilles et ses bulbes riches en amidon étaient traditionnellement consommées en salades, en beignets, en assaisonnement de l’aligot ou bouillis comme légumes pour accompagner poissons et ris-de-veau. Séchés, ils ont parfois été réduits en farines5. Par contre, malgré la théorie des signatures6 chère à Paracelse (1493-1541), je n’ai pas connaissance d’usages de cette plante dans la pharmacopée européenne.

Comme l’érythrone dent-de-chien est devenu une plante menacée dans certains de ses habitats, je recommande de ne plus la cueillir à l’état naturel. Il est toutefois possible de la cultiver dans son jardin d’autant que cette espèce est facilement associable à d’autres bulbes et vivaces, et d’y récolter alors une fois l’an une feuille sur deux pour agrémenter ses plats, tout en préservant l’enchantement de sa floraison.

Alain Bonjean,
Orcines, le 1er mars 2021.

Mots-clefs : érythrone dent-de-chien, Erythronium dens-canis,Liliacée, géophyte, Eurasie, plante ornementale.

1 – Le genre compterait 27 espèces : celle sujet de cet article en Europe, trois en Asie et le solde en Amérique du nord, notamment dans l’ouest.
Cf . Geraldine A. Allen, Douglas E. Soltis and Pamela S. Soltis (2003). Phylogeny and Biogeography of Erythronium (Liliaceae) Inferred from Chloroplast matK and Nuclear rDNA ITS Sequences. Systematic Botany, 28, 3, 512-523 ; John C. B. Clennett et al. (2012). Phylogenetic systematics of Erythronium (Liliaceae): morphological and molecular analyses. Botanical Journal of the Linnean Society, 170, 504–528.

2https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-25640-description ; https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/97325

3 – Pablo Guitián, Mónica Medrano et Javier Guitián (2003). Seed dispersal in Erythronium dens-canis L. (Liliaceae) : variation among habitats in a myrmecochorous plant. Plant Ecology 169, 171-177.

4 – L. Bartha et al. (2014). Patterns of plastid DNA differentiation in Erythronium (Liliaceae) are consistent with allopatric lineage divergence in Europe across longitude and latitude. Plant Syst. Evol. doi : 10.1007/s00606-014-1190-x

5 – J.C. Th. Uphof (1959). Dictionary of Economic Plants. Weinheim ; G. Usher (1974). A dictionary of plants used by Man. Constable

6 – Michel Denizot (2007). La théorie des signatures des plantes et ses implications. Académie des Sciences et lettres de Montpellier 3952, 37, 205-216, https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/Denizot2006.pdf

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