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Le cakilier maritime, condiment de nos côtes sauvages !

Le cakilier maritime (Cakile1 maritima Scop., 1772) est aussi dénommé buniade maritime, caquilier, coquilier maritime, roquette de mer et de manière plus amusante tétine de souris (allemand : Meer-Senf ; anglais : European searocket ; catalan : rave de mar, ravenissa de mar ; espagnol : caquile, oruga de mar, oruga maritima, rabonillo maritimo, rucamar ; hollandais : zeeraket ; italien : bacherone, ravastrella maritima ; portugais, eruca marinha). Cette Brassicacée est une espèce pionnière des laisses de mer, des hauts de plages et des dunes littorales riches en nitrates de toutes les côtes de France. Autrefois très commune, elle est actuellement en régression du fait du nettoyage mécanique désormais fréquent des bords de mer.

Station de Tarnos (Landes), 2013 ©FlorentBeck, TelaBotanica ;  pied feuri, Les-Moutiers-en-Retz (Loire-Atlantique), 2017,©YvesHardouin, TelaBotanica

C’est une plante2 herbacée annuelle halonitrophyle de pleine lumière. Malgré sa vie de quelques mois, elle possède une importante racine pivotante d’au moins 1 m et forme des touffes vertes à port étalé. Elle mesure de 10 à 30 cm, voire 60 cm de haut, et est très ramifiée – ce qui lui permet de fixer le sable. Ses feuilles charnues subsucculentes, sinuées-dentées ou pennatifides, à lobes inégaux, obtus, entiers ou dentés sont verdâtres, luisantes. La floraison a lieu de mai à octobre (pollinisation entomogame/autogame). Les fleurs cruciformes sont grandes (0,5 à 1,5 cm), avec des sépales libres dressés, les latéraux bossus à la base, et des pétales libres blancs, roses ou violets, odorants. Elles forment des grappes fructifères simples, souvent à plus de 20 fleurs.

 Détails de la fleur et du fruit, Fleury (Aude) ©Liliane Roubaudi, TelaBotanica, 2014et 2015 ;

Le fruit est une silique caractéristique 4 fois plus longue que large (2-3 cm de long), coriace, à 2 articles indéhiscents, le supérieur tétragone-comprimé, caduc, à 1 graine dressée, l’inférieur en cône renversé, à 2 cornes au sommet, persistant, à une graine pendante, oblongue (dissémination anémochore et hydrochore : sa dispersion se fait en deux temps : emportée par la marée, la partie supérieure du fruit se détache et peut flotter jusqu’à quatre semaines grâce au tissu ouateux qu’elle contient ; dans un second temps, la partie inférieure, poussée par le vent, tombe au sol où elle s’enracine). Les graines brunes peuvent aussi être transportées par les grandes marées de plage en plage. Elles ne germent qu’après l’équinoxe vernal de fin mars.

En termes de distribution géographique3, le cakilier maritime est présent entre 0 et 50 m d’altitude sur les sables des littoraux d’Europe, d’Afrique septentrionale et d’Asie Mineure – en Europe, plusieurs sous-espèces4 sont décrites : Cakile maritima subsp. maritima distribué le long des côtes atlantiques et méditerranéennes ; C. m. subsp. baltica présent dans les régions donnant sur la mer Baltique ; C. m. subsp. euxina limité aux côtes de la mer Noire ; C. m. subsp. islandica qui est répartie en Islande, aux îles Féroé, à la zone arctique de la Norvège et au sud-ouest de la Russie.
Actuellement, la plante est aussi présente et en extension dans les archipels des Canaries, de Madère et des Açores. Elle a été diffusée en Amérique du Nord à l’est et à l’ouest des USA, à Saint-Pierre-et-Miquelon ainsi qu’à l’ouest du Canada. Son introduction récente est signalée sur les côtes de l’Atlantique Sud du Brésil et d’Argentine ainsi qu’en Australie après une introduction datant de la fin du XIXème siècle et sur les côtes nord de la Nouvelle Zélande à la suite d’une importation en 1940. Sa présence est aussi attestée, vraisemblablement introduit, en Nouvelle-Calédonie.

C’est une très ancienne simple mineure (on utilise toute la plante, de préférence fraiche) : antiscorbutique, apéritive, digestive, diurétique, excitante, purgative, etc5. On l’employait notamment en Bretagne dans le traitement des plaies et de l’eczéma en cataplasme, des pellicules et dartres en friction et contre l’anémie et les bronchites en usage interne mélangée à du vin blanc. L’abbesse bénédictine et guérisseuse Hildegarde de Bingen (1098-1179) la considérant également plus propice à éveiller aux jeux de l’amour qu’à la méditation religieuse l’interdisait à ses moniales.
Elle s’avère très riche en vitamine C, en soufre et en minéraux6. Des études récentes7 ont aussi révélé des activités biologiques nouvelles, antioxydante, antibactérienne, antifongique, molluscicide et un intérêt dans le traitement des maladies démyélinisantes, ainsi que des propriétés anti-cancéreuses (chimio-préventives et anti-mutagéniques). Cette plante présente aussi une propriété hydratante ouvrant sur des applications et soins dermatologiques ou cosmétiques8.

Cette espèce a été collectée depuis le Moyen-Âge, sans doute auparavant, parmi des mélanges d’autres herbes. Ses racines ont été utilisées au Canada en temps de disette nous dit l’ethnobotaniste François Couplan : on les broyait pour les mélanger à de la farine avant d’en faire du pain9.
Ses jeunes feuilles ainsi que ses fleurs un peu acres et amères peuvent se consommer encore aujourd’hui en salades sauvages (ou pour corser un vinaigre), mais leur saveur en bouche est amère, puis très piquante – un peu comme celle des radis anciens, et saline. Attention : tout le monde n’est plus habitué à des saveurs aussi relevées !

On peut de préférence les faire bouillir légèrement avec d’autres herbes alimentaires ou les faire sauter dans une poêle avec de l’ail, de l’oignon et de l’huile, voire avec une tomate et du piment pour agrémenter un plat de pâtes et de fruits de mer. A doses raisonnables, le cakilier maritime devient alors un parfait condiment.

Alain Bonjean
Orcines, le 10 novembre 2021

Mots-clefs : cakilier maritime, roquette de mer, téton de souris, Cakile maritima, Brassicacée, espèce pionière, halonitrophyle, annuelle, plante médicinale, pharmacie, cosmétiques, alimentation humaine, salade sauvage, condiment

1 – Le genre Cakile semble originaire d’Asie occidentale et d’Europe méridionale et comprend une quarantaine d’espèces. Son nom scientifique est emprunté à partir de l’arabe kakeleh, qaqila ou qaqulla, un nom qui ferait référence à la cardamome. Il aurait été choisi par le médecin et physicien syrien Jean Sérapion (seconde moitié du IXe siècle).

2https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/87197 ; https://www.tela-botanica.org/eflore/?referentiel=bdtfx&niveau=2&module=fiche&action=fiche&num_nom=11756&type_nom=&nom=&onglet=synthese

3http://www.plantsoftheworldonline.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:30179231-2 ; https://doris.ffessm.fr/Especes/Cakile-maritima-Cakilier-maritime-3996

4https://www.monaconatureencyclopedia.com/cakile-maritima/?lang=fr

5https://uses.plantnet-project.org/fr/Cakile_(Cazin_1868) ; https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/00378941.1964.10838433 ; http://www.ethnopharmacologia.org/wp-content/uploads/2018/05/Ethnopharm59-Hamel.pdf ; https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01858408/document

6https://www.phytoreponse.fr/cakile-maritime/phyto-cakile-maritime-lp168.htm

7 – H. Merchaoui, M. Hanana et R. Ksouri (2018). Notes ethnobotaniques et phytopharmacologiques sur Cakile maritima Scop. Phytothérapie 16, S197-S202 ; https://www.europeanreview.org/wp/wp-content/uploads/2280-2292.pdf

8https://patents.google.com/patent/WO2000071143A1/fr

9 – François Couplan (2015). Le régal végétal. Ed. Sang de la terre, p. 306.

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One Reply to “Le cakilier maritime, condiment de nos côtes sauvages !”

  1. Linné cite Cakile serapionis Lobel ic. 223. On trouve bien chakile, cakile, قاقُلَى- qāqula chez Sérapion. Mais qāqula est le nom de la cardamome. Il a dû y avoir confusion avec قلي – qali, qili, qui désigne une autre plante halophile, Salsola kali L..

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