Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer

Lumières sur les origines et la diffusion de la fève/féverole !

La fève (Vicia faba L., 1753) à grosses graines riches en protéines1 et en amidon est une plante herbacée annuelle bien connue comme légume frais ou sec de la famille des Fabacées. Cette légumineuse, dite aussi féverole2 lorsqu’elle produit de plus petites graines destinées au bétail est diploïde (2n = 2x =12 ; génome 1C = 13,3 pg) et développe une symbiose sur son système racinaire pivotant avec des bactéries fixatrices d’azote (Rhizobium).

Culture de féverole et détail de la fleur ©FStoddard


C’est une plante3 dressée, relativement rigide et droite qui peut atteindre 120 cm ou plus si elle reçoit suffisamment de précipitations ou d’irrigation. Sa tige est de section carrée, les angles sont mis en relief par une proéminence issue de la base des feuilles qui se prolonge vers le bas. Au niveau des premiers nœuds à proximité du sol, la plante peut former des pousses latérales. Les feuilles vert glauque ou grisâtres et pruineuses, alternes sont paripennées, sauf les deux qui suivent directement les cotylédons, avec deux larges stipules. Les plus grandes feuilles caulinaires d’une plante peuvent présenter jusqu’à 4-5 paires de folioles. La pointe de la feuille pennée se termine par un prolongement caractéristique. Des stipules, quelquefois nommées oreillettes, se trouvent de part et d’autre du point d’insertion de chaque feuille pennée ; ils se démarquent par une tache sombre correspondant à un nectaire où les fourmis se nourrissent du nectar sécrété par la plante. C’est une plante à floraison précoce, partiellement allogame (19 à 79%) attirant abeilles et bourdons ainsi que d’autres pollinisateurs. Les fleurs subsessiles, généralement blanches, parfois orangées, aux corolles typiques des Papilionacées, sont grandes (20 à 40 mm de long) et se distinguent fréquemment par des taches noires, voire rougeâtres à mauves, à la base des pétales latéraux, due à une concentration de pigments. Elles apparaissent soit isolées, soit groupées, par cinq à huit, en racème naissant de l’aisselle des feuilles supérieures. Les fruits sont des gousses robustes et épaisses de 5-30 cm de long pour 2-3 cm de large contenant des graines réniformes oblongues de taille variables (poids de 0,3 à 2,5 g pour 8 à 30 mm de long) pouvant contenir des facteurs antinutritionnels parfois dangereux (tyramine, viacine, etc.) pour des individus prédisposés4.

Détails des gousses et des fèves décortiquées


Fèves dans des sites préhistoriques du Proche-Orient : a) carte de tous les sites néolithiques connus où
Vicia faba a été retrouvée ; b) carte détaillée des 2 sites récemment découverts par V. caracuta et al.

L’espèce a très longtemps été connue uniquement comme plante cultivée et très peu était connu sur ses origines. Des découvertes récentes de fèves carbonisées provenant de trois sites néolithiques de Basse-Galilée5, dans le sud du Levant, et d’un autre à El-Wad, Mt. Carmel6 près d’Haifa, offrent de nouvelles perspectives sur l’histoire ancienne de cette espèce même si son progéniteur reste incertain, voire peut-être éteint7. Les mesures biométriques et les datations au carbone 13 ont permis de dater les graines découvertes en ces lieux respectivement aux alentours de 10 200 AP (avant le présent) et de 14 000 AP. La grande quantité de graines trouvées dans les sites adjacents ne peut avoir été obtenue que par le semis de graines non dormantes : elle suggère que la domestication de la fève y aurait débuté dès le XIe millénaire AP et se serait poursuivie durant le Xe millénaire en raison de la capacité des agriculteurs de cette période à sélectionner des semences capables de germer en conditions relativement sèches.

A partir du Proche-Orient8, on suppose que l’espèce a été diffusée très tôt par différents groupes humains en Europe, en Afrique et en Asie centrale sans que les dates des différente vagues successives puissent toutes être précisées. L’Ethiopie et l’Afghanistan apparaissent aussi comme des centres de diversité secondaire de l’espèce.
On pense toutefois savoir que :
– l’espèce était présente en Chine du sud voici 4000-5000 ans, venue par l’Inde via le Yunnan ou par mer, et en Chine du nord, sans doute introduite par les Routes de la Soie, voici 2100 ans9, en Egypte pharaonique il y a 3000 ans10, puis chez les Hébreux à l’époque biblique11 ;
– la fève a été trouvée dans divers sites de l’Âge de Bronze au Portugal, en Espagne, dans le nord de l’Italie, en Suisse, en Grèce et au Moyen-Orient12 ; seule la présence de la féverole à petites graines (V. faba ssp. minor) est alors attestée.

– la fève à grosses graines n’apparut qu’assez tardivement, vraisemblablement qu’après l’ère romaine. Dans l’édit Capitulare de villis de Charlemagne, la fève à grosses graines est mentionnée sous la désignation « fabas majore s»13.
– la fève a été introduite en Amérique du sud lors de l’échange dit colombien, aux USA et au Canada au XVIIe et plus récemment en Australie (1788)14.

Surfaces et productions mondiales de fèves de 1961 à 2017 et importance relative des 10 premiers producteurs mondiaux 2017. Source : FAO, 2019

De nos jours, l’espèce reste cultivée dans nombre de régions tempérées et subtropicales de la planète. Elle est même présente en altitude dans les régions tropicales à équatoriales15 et se situe au 5e rang mondial des protéagineux. Il n’est pas certain que le réchauffement climatique favorise son avenir.

Alain Bonjean
Orcines, le 20 Novembre 2021

Mots-clefs : fève, fèverole, Vicia faba, Fabacée, légumineuse, protéagineux, plante alimentaire, légume frais, légume sec, domestication, sud du Proche-Orient, diffusion

1 – Entre 20 et 30% dans les graines.

2 – Quelques autres noms européens – Ackerbohne (Allemagne, Autriche), bob obecny (République tchèque), broad bean, faba bean, field bean, horse bean, (Royaume-Uni), favetta (Italie), haba (Espagne), hestebønne (Danemark), põlduba (Estonie), favera (Portugal), boby kurmouvje (ex-URSS) et autres – bakela (Ethiopie), ful masri (Soudan), yeshil bakla (Turquie), kala matar, bakala (Inde), gourgane (Québec), etc.

3https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/129171 ; https://uses.plantnet-project.org/fr/Vicia_faba ; https://www.tela-botanica.org/eflore/?referentiel=bdtfx&niveau=2&module=fiche&action=fiche&num_nom=77531&type_nom=&nom=&onglet=synthese

4 – Voir le point 10.

5 – V. Caracuta et al. (2015). The onset of faba bean farming in the Southern Levant. Scientific Reports 5, 14970, DOI : 10.318/srep14730

6 – A. Rottenberg (2020). The origin of Vicia faba (Fabaceae): a quest of five decades. — Fl. Medit. 30, 365-368.

7 – On ne connaît pas la forme primitive de V. faba, mais plusieurs chercheurs s’accordent pour reconnaître dans V. faba ssp. paucijuga une forme ancestrale par rapport aux représentants du groupe eu-faba dont la sous-espèce V. faba ssp. major serait la forme la plus évoluée. Voir notamment : J. Le Guen (1993). Incompatibilité unilatérale chez Vicia faba L. I. Analyse globale de croisements intraspécifiques entre quatre sous-espèces. Agronomie, EDP Sciences, 3 (5), 443-449. hal-02717982 ; A. Rottenberg (2020). Ibid. ; O.E. Kosterin (2014). The lost ancestor of the brod bean (Vicia faba L.) and the origin of plant cultivation in the Near East. Вавиловский журнал генетики и селекции (Vavilov Journal of Genetics and Breeding), 18, 4/1, 831-840

8 – D. Zohary, M. Hopf (1973). Domestication of pulses in the Old World : Legumes were companions of wheat and barley when agriculture began in the Near East. Science 192, 4115, 887-894.

9 – X. Zong et al. (2009). Molecular variation among Chinese and global winter faba bean germplasm. Theor. Appl. Genet. 118, 971-978.

10 – En Egypte ancienne, les prêtres ne consommaient jamais de fèves. En Grèce, selon Pausanias, il en était de même au sanctuaire de Demeter à Pheneus en ancienne Arcadie et les Pythagoriciens considérant que les âmes des morts se réfugiaient dans leurs graines refusaient aussi d’en consommer. Certains ont suggéré que cet interdit alimentaire pourrait avoir pour source le risque de favisme, maladie génétique affectant certaines personnes ayant un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase après ingestion de fèves et se traduisant par la destruction des hématies, pathogénie parfois mortelle.
Pour en savoir plus sur ce thème, lire : K.B. Flint-Hamilton (1999). Legumes in ancient Greece and Rome. Hesperia 68, 3, 371-385.

11 – V. Mihailovic, A. Mikic, B. Cupina, P. Eric (2005). Field pea and vetches in Serbia and Montenegro. Grain Legumes 44, 25-26 ; A.K. Singh et al. (2013). An assessment of faba bean (Vicia faba L.) current status and future prospect. African Journal of Agricultural Research 8, 50, 6634-6641.

12 – K. Albala (2007). Beans : A history. New York, Berg.

13 – P. Schiperrord (2017). Plantes cultivées en Suisse – La fève commune des champs. Verein für alpine Kulturpflanzen, 33 p.

14 – L. Kaplan (2000). Beans, Peas and Lentils, in : Kenneth F. Kiple et Kriemhild Coneè Ornelas (ed.), The Cambridge World History of Food, vol. 1, Cambridge University Press, 279-280 ; B.K. Singh and A.J. Gupta (2012). Improvement of Faba bean (Vicia faba L.). https://www.researchgate.net/publication/256982114

15 – H. Khazaei et al. (2018). ILB 938, a valuable faba bean (Vicia faba L.) accession. In : Plant genetic Resources, vol.16. Special Issues 5 : Legume Genetic and Prebreeding Resources, 478-482

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :