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La mélisse, apaisante sans effet secondaire !

Mes souvenirs de la mélisse (Melissa officinalis, L. 1753) remontent à mon adolescence. J’allais alors ramasser du feuillage de cette plante dans le vallon humide du Puy-de-Dôme qui descend de Chanat-la-Mouteyre à la gare de Durtol pour en frotter les parois des ruchettes à 2-3 cadres de vieille cire que je disposais fin avril-courant mai aux fourches des petites vallées du bassin du Chavanon pour y capturer des essaims sauvages d’abeilles noires qui formaient ensuite mon rucher. J’avais appris le « truc » de mon ami André Mordefroid qui le pratiquait depuis sa propre jeunesse. Pas étonnant : le nom de cette Lamiacée qui provient du grec melissophullon signifiait « feuille à abeilles » ou « herbe aux abeilles » dans l’Antiquité1 ! Les botanistes l’appellent aussi citronne, citronnelle, herbe au citron, mélisse officinale, mélisse citronnelle, piment des ruches, thé de France (allemand : Zitronen-Melisse ; anglais : balm, lemon balm, sweet balm ; catalan : melissa, tarongina ; espagnol : melisa, toronji ; hollandais : citroenmelisse ; italien : cedronella, citronella, melissa vera).

Jeune plant de mélisse, Paris, 2011 ®TelaBotanica-BBui ; peuplement adulte, Sassetta, Italie, 2017 ®Telabotanica-CGoria


C’est une herbacée2 vivace qui peut vivre une trentaine d’années, glabrescente à velue, avec des racines longues, traçantes et peu vigoureuses. Elle est haute de 20 à 80 cm, voire 100 cm pour un étalement inférieur ou égal à 60 cm, aux tiges dressées, rameuses, à section carrée qui aime les sols plutôt frais à pH basique, pauvres en matière organique, et aime le soleil même si elle tolère l’ombre. Son feuillage vert vif exhale un parfum citronné, légèrement mentholé des plus agréables (surtout avant la floraison), qui exalte quand on froisse ses feuilles pétiolées, opposées, ovales, gaufrées et largement dentelées.

La floraison a lieu en France de juin à septembre en 6-12 verticilles axillaires, espacés, unilatéraux, brièvement pédonculés et bien plus courts que les feuilles. Mellifère, elle attire les pollinisateurs. Les fleurs sont blanches à rosées avec un calice poilu en forme de cloche, à 13 nervures, à tube aplati sur le dos, à lèvre supérieure plane et tridentée, l’inférieure bifide protégeant une corolle bilabiée, longue de 10-12 mm, à tube saillant, arqué-ascendant, à lèvre supérieure dressée, concave, échancrée, l’inférieure à 3 lobes inégaux et à 4 étamines. Les fruits sont des tétrakènes bruns qui renferment des graines ovoïdes, brunes et brillantes.


Hampe fllorale, La Malène, Lozère, 2016 ®TelaBotanica-JCCalais ; détail de la fleur, Cassaro, Italie, 2012 ®Telabotanica-SPiry ; Graines ®Le-jardin-des-médicinales.com

La mélisse est native du centre sud de l’Europe, du Bassin méditerranéen jusqu’en Iran et Asie centrale.

Elle est cultivée en Eurasie et en Afrique du Nord depuis des temps très anciens et aussi parfois subspontanée. Selon le Jardin royal de Kew3, l’espèce a aussi été introduite dans le nord de l’Europe, en Russie, Australie, en Nouvelle-Zélande, dans le cône sud de l’Amérique latine, aux USA et au Canada. On en connait des populations diploïdes (2n = 2x = 32), tétraploïdes (2n = 4x = 64) et des populations triploïdes (2n = 3x = 48)4, ces dernières étant stériles mais cytologiquement et morphologiquement stables ; celles-ci expriment une meilleure tolérance au froid et régénèrent plus vite que les deux autres types après une coupe, tout en ayant de grandes feuilles.

Plusieurs cultivars existent, dont certains sélectionnés en France assez récemment par l’Iteipmai5 (notamment Melia, très riche en huile essentielle), que l’on cultive par semis ou bouturage au printemps. Des pays comme l’Allemagne, la Suisse ou l’Iran ont également développés des travaux de sélection sur la mélisse6. Celles et ceux intéressés par sa culture et la récolte de ses feuilles trouveront de la documentation dans la note jointe7.

Depuis l’Antiquité, comme plante médicinale, la mélisse était réputée pour ses propriétés efficaces dans les troubles nerveux, les états dépressifs et l’anxiété. Les anciens Grecs l’avaient dédié à Diane, déesse de la chasse, souvent instable. Le médecin et philosophe perse Avicenne (980-1037), cité par Denis Bellenot8, a écrit que la mélisse est « propre à relever les forces, ranimer le courage, faire renaître la gaité, chasser les soucis et dissiper l’anxiété ». Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), moniale bénédictine allemande, cite la mélisse dans son Physica ou livre des subtilités des créatures divines et la recommande pour fortifier le cœur et la rate et apporter gaieté et joie dans l’existence. Le médecin suisse et alchimiste allemand Paracelse (1493-1541) a ensuite baptise la mélisse « l’élixir de vie ».

Illustration de la mélisse dans « L’histoire générale des plantes » de Gerard, 1633

En 1611, l’espèce est entrée avec d’autres plantes et épices dans la fabrication artisanale de la célèbre eau des Carmes9, « la véritable eau de mélisse » réconfortante et tonique, par les Carmes déchaux10, religieux contemplatifs et apostoliques qui avaient fondé leur couvent au 70 rue de Vaugirard à Paris avec l’appui de la reine Marie de Médicis (1575-1642). Le cardinal de Richelieu (1585-1642) soignait ses maux de tête avec cette eau alcoolisée. La réputation médicinale de la mélisse fut ensuite telle que dès 1725, le grand naturaliste suédois Car von Linné (1707-1778) n’hésita pas à la qualifier d’« officinalis » au sein du genre Melissa. En usages traditionnels d’herboristerie, selon l’Encyclopédie Larousse des plantes médicinales de 1997, la mélisse conserve aujourd’hui « un effet bénéfique sur le moral. Pour les uns, son utilisation accroît la longévité ; pour les autres, elle guérit les blessures, apaise les palpitations et les rages de dent ».

Depuis l’avènement de la chimie organique, nous savons que les feuilles de mélisse contiennent essentiellement des triterpènes, des acides-phénols, des polyphénols, des flavonoïdes, des tanins et des mucilages ainsi que leurs proportions dans son huile essentielle11.

Composition de la mélisse et de ses principaux effets pharmacologiques, source : Petrisor et al., 202212

En pharmacie, ceci explique ses propriétés thérapeutiques qui sont principalement de deux ordres :
– La mélisse possèdes propriétés antalgiques sur le système intestinal13liées à une composante antispasmodique associée à une stimulation de la digestion (effet cholérétique). Son usage est recommandé en cas de douleurs liées à la digestion – crampes de l’estomac, ballonnements, gaz, constipation nerveuse, etc.

– La mélisse est de plus en plus considérée comme un équilibrant nerveux14 naturel. Elle agirait par stimulation des neurones cérébraux de l’hippocampe et possède un effet sédatif plus ou moins marqué selon les individus. Elle s’avère très efficace en cas d’anxiété, d’hyper-nervosité, de troubles du sommeil, de céphalées, voire encas de dépression et de crises de nerf.

De plus, la mélisse n’entraine aucun effet indésirable connu (sauf pour les très rares personnes hypersensibles au citronellal) et est dénuée de toute toxicité. Elle se consomme en infusions, en hydrolats ou en comprimés. Du fait de ses propriétés sédatives, il est préférable de la consommer le soir.

Composés essentiels de l’huile de mélisse, Source ; S. Feknous et al. (2017)15

Ceci suffit à expliquee que la mélisse soit cultivée industriellement en Europe depuis plus d’un siècle. Depuis des travaux menés par l’Iteipmai dès les années 2000 en relation avec l’Ensia de Massy-Palaiseau et l’association Phytolia, il a été démontré que la mélisse, riche en acide rosmarinique, possédait aussi des pouvoirs antioxydants et antiradicalaires du même niveau que ceux du thé vert et 2 à 4 fois plus actifs que ceux du romarin16. Depuis, ceci a permis le développement de divers extraits vendus désormais en compléments alimentaires ou dans la filière cosmétique. Des propriétés antivirales contre l’herpès labial17 et anti-inflammatoires plus générales18 sont aussi été démontrées ainsi que facilitant la préservation de la mémoire19. Des champs nouveaux d’action pharmaceutique sont maintenant explorés contre la maladie d’Alzheimer ou pour la protection du foie.

Par ailleurs, des effets bio-herbicides de la mélisse et de ses apparentées sont également aujourd’hui à l’étude20.

Pour conclure cet article, n’oublions surtout pas que la mélisse est également très appréciée en cuisine, soit fraîche, soit comme condiment.


Alain Bonjean, 117e article
Orcines, le 21 novembre 2022

Mots-clefs : mélisse, Melissa officinalis, Lamiacée, plante native, plante cultivée, plante mellifère, plante aromatique, plante médicinale

1 – P.Lieutaghi (1992). Jardin des savoirs, jardin d’histoire. Alpes de lumière, 148p.

2https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-41898-synthese ; https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:450084-1

3https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:450084-1

4https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4545860/pdf/13039_2015_Article_166.pdf

5https://www.jardinsdefrance.org/wp-content/uploads/jdf-medias/images/JdF630/JdF630_1G.pdf

6https://www.bioactualites.ch/fileadmin/documents/bafr/production-vegetale/plantes-aromatiques/Melisse-Carron-2013.pdf ; https://www.bioactualites.ch/fileadmin/documents/bafr/production-vegetale/plantes-aromatiques/agrotextile-agroscope-2008.pdf ; https://www.researchgate.net/publication/307849786_Evaluation_of_lemon_balm_Melissa_officinalis_collections ; https://ijmapr.areeo.ac.ir/article_6688.html?lang=en ; https://geneticsmr.com/year2012/vol11-2/pdf/gmr1340_abstract.pdf ; https://www.researchgate.net/publication/309609110_Study_of_genetic_diversity_in_lemon_balm_Melissa_officinalis_l_populations_based_on_morphological_traits_and_essential_oils_content : https://www.academia.edu/69119650/Genetic_Diversity_Evaluation_of_Lemon_balm_Melissa_officinalis_L_Ecotypes_Using_Morphological_Traits_and_Molecular_Markers ;

7https://extranet-rhone.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Auvergne-Rhone-Alpes/AB_melisse__2018.pdf ; https://www.agrireseau.net/agriculturebiologique/documents/gt_melisse.pdf ; https://www.ispecjournal.com/index.php/ispecjas/article/view/168 ; https://www.rhs.org.uk/herbs/lemon-balm/grow-your-own ; https://www.herbsociety.org/file_download/inline/d7d790e9-c19e-4a40-93b0-8f4b45a644f1

8https://www.jardinsdefrance.org/la-melisse-dun-riche-passe-a-un-avenir-prometteur/

9https://carmes-paris.org/eau-de-melisse/

10https://carmes-paris.org/nos-communautes/ ; https://data.bnf.fr/fr/11873909/carmes_dechaux/

11https://www.ema.europa.eu/en/medicines/herbal/melissae-folium

12 – G. Petrisor et al. (2022). Melissa officinalis : Composition, pharmacological effects and derived release systems – A review. Int. J. of Molecular Sciences, 23, 3591,
https://doi.org/10.3390/ijms23073591/

13https://dune.univ-angers.fr/fichiers/20060226/2011PPHA418/fichier/418F.pdf ; http://accurateclinic.com/wp-content/uploads/2016/11/Melissa-officinalis-L.-%E2%80%93-A-review-of-its-traditional-uses-phytochemistry-and-pharmacology-2016.pdf ; https://academicjournals.org/article/article1380713061_Moradkhani%20et%20al.pdf

14http://accurateclinic.com/wp-content/uploads/2016/11/Melissa-officinalis-L.-%E2%80%93-A-review-of-its-traditional-uses-phytochemistry-and-pharmacology-2016.pdf ; https://jeune-bienetre-magazine.fr/wp-content/uploads/2019/10/melisse_la_super_plante_qui_harmonise_nos_2_cerveaux.pdf ; https://www.moncomplementbienetre.com/ingredients/melisse/#:~:text=La%20m%C3%A9lisse%20officinale%20contribue%20%C3%A0,’adulte%20et%20l’adolescent.

15 – S. Feknous et al. (2017). Compositon chimique et propriétés antioxydantes de l’huile essentielle de Melissa officinalis L. Revue Agrobiologia 7, 2, 523-530.

16https://www.jardinsdefrance.org/wp-content/uploads/jdf-medias/images/JdF630/JdF630_1G.pdf

17https://www.phytomorphology.com/abstract/melissa-officinalis-l-extract–an-effective-remedy-4138.html ; https://jeune-bienetre-magazine.fr/wp-content/uploads/2019/10/melisse_la_super_plante_qui_harmonise_nos_2_cerveaux.pdf

18http://dspace.univ-msila.dz:8080/xmlui/bitstream/handle/123456789/15678/M%C3%A9moire%20finale.pdf?sequence=1&isAllowed=y

19https://www.researchgate.net/publication/342815070_Melissa_officinalis_A_memory_enhancer_remedy

20https://actascientific.com/ASAG/pdf/ASAG-04-0836.pdf

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