Le trèfle d’eau, joyau aquatique et médicinal !

Le trèfle d’eau (Menyanthes1 trifoliata L., 1753), encore appelé ményanthe trifolié, herbe à canards ou trèfle des marais (allemand : breiblattriger fieberklee, magenklee, moosklee, sumpf-fieberklee, wasserfieberkraut ; anglais : bagbean, buckbean, marsch clover, water trefoil ; catalan : trévol d’aigua ; espagnol : trebol aquatica, trebol de agua ; hollandais : waterdrieblad ; italien : trifoglio fibrina), est une plante vivace semi-aquatique que j’ai découverte dans ma jeunesse en pêchant la truite fario dans des rus cristallins des Hautes-Combrailles à la limite du Puy-de-Dôme et de la Corrèze : sa floraison blanche, discrètement rosée, très délicate, m’a toujours frappé et ébloui.
Longtemps classée parmi les Gentianacées, cette espèce est désormais intégrée dans la famille des Ményanthacées comme monotypique dans son genre, et n’a rien à voir avec les vrais trèfles qui sont des légumineuses.

Port de la plante, Bilthères (64). ©Telabotanica/AlainBigou

C’est une plante2 vigoureuse, stolonifère, traçante aux nombreuses racines adventives, rampante, charnue, articulée-écailleuse qui atteint 30 à 100 cm de long et aime l’ensoleillement. Les tiges épaisses naissant à l’aisselle d’une écaille des stolons montent à 20-40 cm de haut. Elles portent à leur sommet des feuilles vert pomme, dressées au-dessus de l’eau, alternes et comme radicales, robustes, à long pétiole engainant, à 3 folioles obovales-obtuses, d’où le nom de trèfle attribué par analogie à cette espèce bien qu’elle ne soit pas une Fabacée.
La floraison qui a lieu de début avril à juin sur des toges florifères est brève. Les fleurs assez grandes (1,5 à 2,0 cm) se présentent en grappe lâche simple bractéolée sur une hampe axillaire, nue, longue de 20-40 cm et sont d’un beau blanc rosé (face dorsale rosée) ; leur calice comporte 5 lobes profonds, lancéolés-obtus ; la corolle caduque, est en entonnoir, à 5 lobes triangulaires, étalés-réfléchis en étoile, fortement barbus en dedans avec 8 étamines et un style filiforme, saillant, persistant, stigmate à 2 lobes. Le fruit mûrit de juin à juillet. C’est une capsule subglobuleuse de 6-7 mm de diamètre, demi-adhérente, à 2 valves au sommet, à graines ovoïdes (2,0 à 2,5 mm de diamètre), brun jaune et lisses soumises à une diffusion flottante. L’espèce se reproduit aussi par propagation clonale3.

Grappe en pleine floraison, Allemagne, 2009 ©Wikimedia/GHagedomDétails d’une fleur, col du Guéry (63), 2006 ©Telabotanica/CFigureauFructification en capsules, Bellefontaine (39). 2018©Telabotanica/JCBouzat

C’est une plante commune dans tout l’hémisphère nord (Eurasie, Amérique du nord) des tourbières, ruisselets, ruisseaux, marais et étangs en dessous de 1800 m. Très résistante au froid, elle est fréquente en moyenne montagne et peut être considérée, là où on la rencontre encore, comme une relique post-glaciaire. Dans les eaux stagnantes elle peut former parfois des radeaux, souvent en relation avec Potentilla palustris. Elle est présente dans presque toute la France sur sols acides, voire tourbeux, mais pratiquement absente dans la région méditerranéenne, rare dans les Pyrénées et s’avère globalement menacée en raison de la destruction de ses milieux naturels et de la pollution des eaux qui en fait un excellent marqueur biologique de la qualité de l’eau.

Aucune partie de la plante n’est toxique même si elle possède un goût fort et amer. Les auteurs antiques lui ont trouvé de nombreuses vertus médicinales proches de celles de la gentiane au trèfle d’eau, redécouvertes ou remises à jour au cours du XVIIe siècle. La plante4 était alors employée pour ouvrir l’appétit, atténuer le surmenage, en cas d’ulcérations, d’affections catarrhales, de douleurs rhumatismales, d’hydropisie, de troubles gynécologiques, de divers maux de digestion et de mal des transports – une véritable panacée ! En marine, la plante possédait une bonne réputation d’antiscorbutique, qui a été validée depuis par la pharmacologie moderne. Le trèfle d’eau apparaissait aussi dans la liste des fébrifuges et des fortifiants naturels recommandés durant la convalescence du bétail (pour mémoire, dans les années 1970-1980, les paysans des Hautes-Combrailles n’hésitaient pas en donner à leurs vaches quand ils trouvaient qu’elles manquaient d’appétit ou de forme au printemps).

Selon Nathalie Robert de l’Université Grenoble-Alpes – UFR Pharmacie5, « la Pharmacopée Française préconise l’utilisation de la feuille séchée de ményanthe en allopathie et de la plante entière fleurie fraîche pour les préparations homéopathiques. Les principaux composés chimiques du ményanthe sont les suivants : des principes amers : sécoiridoides (foliamenthine, menthiafoline, dihydrofoliamenthine, sweroside), iridoïdes (loganine, traces d’hydroxyloganine) ; des lactones terpéniques et des alcaloïdes monoterpéniques (gentianine, gentianidine, gentialutine, gentiabétine). .. ; des polyphénols : flavonoïdes (rutoside, hyperoside, trifolioside et autres flavonoïdes), acides phénols (acide férulique, acide caféique, acide chlorogénique, acide isochlorogénique, acide néochlorogénique), coumarines (scopolétine et coumarine) ; des tanins ; et d’autres composés divers (stérols, triterpènes, minéraux, vitamine C, acide folique, autres composés) ».

Elle ajoute que « le ményanthe possède aussi quelques utilisations autres que celles citées précédemment :
– En alimentation : fabrication de certains alcools (bières6 et liqueurs), consommation du rhizome comme légume, mélangé à la pâte à pain (dans certaines régions) ;
– Dans l’environnement : nourriture des rennes, décoration des pièces d’eau, indicateur de pollution
 ».

Si vous avez la chance de posséder un bassin dans votre jardin, n’hésitez pas à y planter du trèfle d’eau qui y viendra à merveille et l’embellira !

Alain Bonjean,
Orcines, le 2 avril 2021.

Mots-clefs : trèfle d’eau, Menyanthes trifoliata, Ményanthacée, plante aquatique, plante ornementale, plante médicinale, plante sauvage alimentaire, indicateur de pollution.

1 – Son nom scientifique provient du grec Minyanthes triphyllon, de minuthô, « abréger », et anthos, « fleur » car la floraison s’épanouit en peu de temps ; triphyllon fait allusion aux trois folioles de ses feuilles.

2https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/108345 ; https://www.tela-botanica.org/eflore/?referentiel=bdtfx&niveau=2&module=fiche&action=fiche&num_nom=42314&type_nom=&nom=&onglet=synthese ; https://www.preservons-la-nature.fr/flore/taxon/741.html ; http://flora.huh.harvard.edu/china/PDF/PDF16/menyanthes.pdf

3 – Pour en savoir plus sur ses divers modes de reproduction, lire notamment : https://www.researchgate.net/profile/Eimear-Nic-Lughadha/publication/227845850_Heterostyly_and_gene-flow_in_Menyanthes_trifoliata_L_Menyanthaceae/links/5aa8080a0f7e9b0ea307ab0f/Heterostyly-and-gene-flow-in-Menyanthes-trifoliata-L-Menyanthaceae.pdf?origin=publication_detail ; https://cdnsciencepub.com/doi/abs/10.1139/b87-208?journalCode=cjb1 ; https://www.researchgate.net/profile/Luise-Hermanutz/publication/237166273_The_reproductive_ecology_of_island_populations_of_distylous_Menyanthes_trifoliata_Menyanthaceae/links/0c96053b42784c23a9000000/The-reproductive-ecology-of-island-populations-of-distylous-Menyanthes-trifoliata-Menyanthaceae.pdf?origin=publication_detail ;

4https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-monograph/draft-european-union-herbal-monograph-menyanthes-trifoliata-l-folium_en.pdf ; https://escop.com/downloads/bogbean-leaf/ ; https://www.doctissimo.fr/html/sante/phytotherapie/plante-medicinale/menyanthe.htm

5https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02121280

6 – Dans le Hampshire en Angleterre, les brasseurs l’utilisent traditionnellement à la place du houblon.

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