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Le séneçon du Cap : un fléau en progression !

Rentrant récemment début octobre d’une réunion en plein cœur de la Grande Limagne, j’ai eu la surprise de constater une masse de fleurs jaunes en bordures de nombreuses routes. Une fois ma voiture garée sur le bas-côté, j’ai constaté qu’il s’agissait d’une floraison tardive du séneçon du Cap (Senecio inaequidens DC., 1838), aussi appelé séneçon à feuilles étroites, séneçon à feuilles inégales, séneçon de Mazamet, séneçon des Saussaies, séneçon sud-africain, séneçon vivace (allemand : Schmalblättriges Greiskraut, Schmalblättriges Kreuzkraut, Südafrikanisches Greiskraut ; anglais : narrow-leaves ragwort ; hollandais : bezem kruiskruid, bezemkruiskruid ; italien : Senecione sudafricano) qui est indéniablement une Astéracée (Composée).

Cette plante herbacée pérenne à souche plus ou moins ligneuse et racine pivotante, densément ramifiée à sa base, forme des touffes arrondies vigoureuses de 0,2 à 0,8 m, voire 1,1 m de haut. Elle vit de 5 à 10 ans. Ses tiges grêles et glabres, relativement anguleuses et légèrement ligneuses portent des feuilles persistantes, alternes, entières, épaisses, linéaires et parfois légèrement dentées, à nervure centrale saillante, et des corymbes de nombreux capitules (1,5 à 2,5 cm de diamètre) de fleurs hermaphrodites jaunes ligulées et tubulées à floraison précoce, très étalée – de février à octobre dans certains cas, comme cette année de sécheresse. Leurs involucres à apex noir comprenant un involucelle sont caractéristiques. La pollinisation est à la fois autogame et entomogame. Les fruits sont des akènes allongés, à section ronde, avec une surface lisse et un sommet tronqué, à pappus blanc ou argenté, plumeux disséminées par le vent et parfois par les animaux.

Détails des capitules en fleurs, Ménétrol, Puy-de-Dôme, octobre 2022 ®Alain Bonjean ; capitules à maturité et graines, Aigues-Mortes, Gard, juin 2012 ®MPortas

Cette espèce est originaire des prairies des hauts plateaux d’Afrique Australe, situés entre 1400 et 2800 m d’altitude, en populations à la fois diploïdes (2 n = 2x = 20) et tétraploïdes (2n = 4x = 40).

Elle a été introduite en Europe de manière non intentionnelle lors d’importations successives de laine d’Afrique du Sud. Sa présence sous forme tétraploïde a été signalée en Allemagne en 1889, en Belgique dès 1822, en France dès 1913, en Ecosse dès 1928 et en Italie en 1947. L’espèce s’est ensuite propagée à d’autres pays européens surtout à partir des années 1970 et y est désormais considérée comme envahissante1. La forme diploïde, moins agressive, s’est acclimatée en Amérique latine, Argentine et Mexique notamment, et en Australie.

En France, l’expansion du séneçon du Cap a été particulièrement bien décrite entre 1913 et 2011 par le naturaliste Pierre-Olivier Cochard2. L’espèce a été repérée dans le Loiret3 en 1914 et non en 1935 comme l’indiquent diverses publications ultérieures, même si entre ces deux dates ce séneçon semble être resté discret dans notre pays. C’est d’ailleurs surtout à partir du milieu des années 1980 que cette adventice est devenue réellement envahissante en France4 – à noter qu’un plant peut produite 10 000 graines par an, dont la durée de vie avoisine 5 ans, ce qui en fait un véritable fléau !


Premières mentions du Seneçon du cap par département



Progression du Séneçon du Cap en France au cours du XXe siècle


Quatre hypothèses peuvent être faites à ce niveau : le séneçon du Cap a mieux résisté que diverses adventices indigènes à l’évolution des façons culturales suivant la Seconde guerre mondiale et a pris leur place ; avec ses tendances xérophiles, il peut aussi avoir bénéficié d’une adaptation spontanée au réchauffement du climat (fort ensoleillement, chaleur et rayonnement au niveau du sol) ; il ne semble pas avoir d’ennemi naturel efficace en Europe de l’Ouest ; certains pépiniéristes ont vendu des semences de cette espèce en raison de son opulente et longue floraison5. S’adaptant à de larges conditions environnementales, le séneçon du Cap poursuit actuellement son développement surtout le long des routes, des voies de chemin de fer, des canaux et des bassins fluviaux, et s’implante de manière significative dans les vignobles et les pâturages plutôt secs. Dans ce dernier cas, il contribue à réduire la biodiversité et la valeur pastorale de la prairie, d’autant qu’il produit des alcaloïdes pyrrolizidiniques6 toxiques pour l’homme et le bétail (notamment les chevaux). Toutes les parties de la plante sont nocives, fraiches ou séchées, et entraînent des lésions du foie parfois irréversibles.

Méfiez-vous donc de cette plante.

Alain Bonjean, 115e article
Orcines, le 1er novembre 2022

Mots-clefs : Séneçon du Cap, Senecio inaequidens, Astéracée, Afrique australe, plante herbacée vivace, plante envahissante, plante toxique, alcaloïdes pyrrolizidiniques

1http://especes-exotiques-envahissantes.fr/espece/senecio-inaequidens/ ; https://www.codeplantesenvahissantes.fr/fileadmin/user_upload/Senecio_inaequidens.pdf ; https://ias.biodiversity.be/species/show/16 ; https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31578613/

2 – P.-O. Cochard (2003). Histoire de l’expansion en France du Senecio inaequidens DC : analyse bibliographique sur la période 1913-2001. Symbioses 9, 41-56. http://pierreo.cochard.free.fr/cv_poc/Senecio_inaequidens_France(Cochard2003).pdf

3 – J. Benoist (1914). Florule adventice de Feulardes. Bulletin de géographie botanique, Le Mans, 294, 1-9.

4 – Ainsi, pour le Puy-de-Dôme, la Flore d’Auvergne de Grenier (1992) ne cite pas l’espèce alors que l’Atlas de la Flore d’Auvergne d’Antonetti, Brugel, Kessler, Barbe et Tort (2006) signale sa présence dans les 4 départements auvergnats.

5 – P. Jestin (1998). Wanted : Séneçon du Cap. La Garance Voyageuse 18,2.

6 – Ce sont notamment la sénécionine et la rétrorsine, mais aussi la sénécivernine, l’intégerrimine et un analogue de la rétrorsine. Pour plus de détails, lire : https://scholar.google.fr/scholar_url?url=https://repository.up.ac.za/bitstream/handle/2263/24566/dissertation.pdf%3Fsequence%3D1&hl=fr&sa=X&ei=YolBY5H-HqHcsQKDgr5Y&scisig=AAGBfm01OiTt70Fz8sEds2_mn_D-PRTnSg&oi=scholarr

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